Qu'est-ce que le handpan doit au steel pan de Trinidad ?
Tout son principe de fabrication. À Trinidad, dans les années 1930 et 1940, des musiciens martèlent le fond de fûts de pétrole pour y former des zones bombées, chacune accordée sur une note. Le steel pan devient l'instrument national du pays et démontre qu'un acier de récupération peut être accordé finement.
Ce qui se transmet au handpan, c'est le savoir-faire décisif : former une zone dans une tôle et la travailler jusqu'à ce que sa fondamentale et ses harmoniques tombent justes. C'est cette maîtrise, et non la forme, qui sépare un instrument accordé d'un objet en métal.
Les deux instruments restent pourtant très différents à l'usage. Le steel pan se joue avec des baguettes, en orchestre, sur une étendue chromatique large. Le handpan se joue à mains nues, en solo le plus souvent, sur une gamme unique de huit à douze notes.
Qui a inventé le handpan et quand ?
Felix Rohner et Sabina Schärer, de l'atelier PANArt à Berne. Rohner fabriquait et accordait des steel pans depuis les années 1970. Une rencontre avec un percussionniste cherchant un instrument en acier jouable à mains nues, dans l'esprit du ghatam indien, oriente leurs recherches vers une forme close en deux demi-coques.
L'instrument est présenté en 2000 sous le nom de Hang, main en dialecte bernois. Il se compose d'une coque supérieure portant une note centrale, le ding, entourée de sept à neuf zones accordées, et d'une coque inférieure percée d'une ouverture, le gu, qui régule la résonance interne.
Le succès est immédiat et l'atelier refuse de l'industrialiser. La production reste artisanale, l'achat passe par une lettre manuscrite puis par une visite à Berne. PANArt arrête la fabrication du Hang en 2013 pour développer d'autres instruments en acier. Les instruments sortis de cet atelier ne circulent donc plus que d'occasion.
Comment le handpan s'est-il diffusé dans le monde ?
Par la pénurie. La demande dépassant très largement ce qu'un atelier pouvait produire, des accordeurs de steel pan et des passionnés se lancent dans la rétro-ingénierie à partir du milieu des années 2000. Les premiers instruments non-PANArt apparaissent aux États-Unis et en Europe.
Le mot handpan s'impose alors comme nom générique de la famille, puisque Hang est une marque. Les années 2010 voient éclore des dizaines de facteurs, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en France, en Israël, aux États-Unis, chacun avec ses gammes et sa signature sonore.
La décennie suivante amène l'étape industrielle : des fabricants asiatiques produisent des coques embouties en acier nitruré, accordées en fin de chaîne, vendues quelques centaines d'euros. C'est ce qui a rendu l'instrument accessible, avec les compromis de qualité que cela suppose.
Comment fonctionne un handpan, concrètement ?
Chaque zone de note est une bosse martelée dont la géométrie est ajustée pour que trois partiels tombent juste : la fondamentale, son octave, et la douzième, c'est-à-dire l'octave plus la quinte. C'est cette superposition d'harmoniques accordées qui produit le timbre chantant caractéristique.
La coque inférieure joue le rôle de résonateur. L'ouverture centrale, le gu, laisse sortir une note très grave quand on frappe le pourtour ou qu'on module l'ouverture avec la main. Le volume d'air enfermé participe pleinement au son, ce qui explique pourquoi un handpan doit vibrer librement et non reposer à plat.
L'acier utilisé est déterminant. Les facteurs travaillent des tôles nitrurées ou inoxydables, traitées pour résister à la corrosion tout en gardant la souplesse nécessaire à l'accordage. Un handpan reste un instrument sous tension, sensible aux chocs et à l'humidité. C'est ce qui explique les précautions d'entretien recommandées par tous les facteurs.
Questions fréquentes
Qui a inventé le handpan ?
Felix Rohner et Sabina Schärer, de l'atelier PANArt à Berne en Suisse, qui ont présenté le Hang en 2000. Rohner venait de la fabrication et de l'accordage de steel pans de Trinidad. L'instrument résulte du croisement entre cette lutherie et la recherche d'une percussion en acier jouable à mains nues.
En quelle année le handpan a-t-il été créé ?
En 2000, sous le nom de Hang. PANArt en a arrêté la production en 2013. Entre-temps, la pénurie a poussé d'autres facteurs à développer leurs propres instruments à partir du milieu des années 2000, sous le nom générique de handpan. La production industrielle en Asie est plus récente encore.
Comment fabrique-t-on un handpan ?
À partir de deux demi-coques d'acier, souvent nitruré. Le facteur forme au marteau une zone bombée par note, puis affine chaque zone à l'oreille jusqu'à ce que la fondamentale, l'octave et la douzième tombent justes. Les deux coques sont ensuite assemblées, l'inférieure étant percée d'une ouverture qui régule la résonance.
Pourquoi le handpan coûte-t-il si cher ?
Parce que l'accordage ne s'automatise pas. Chaque zone est martelée puis contrôlée à l'oreille et à l'analyseur, note après note, harmonique après harmonique, pendant plusieurs heures par instrument. À cela s'ajoutent la matière, les traitements anticorrosion et le fait que la plupart des facteurs travaillent seuls ou à deux.