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Histoire du kalimba : d'où vient cet instrument africain

Le kalimba descend des lamellophones africains, une famille d'instruments à lames pincées présente en Afrique depuis plusieurs millénaires sous des dizaines de noms locaux. L'instrument que l'on achète aujourd'hui est plus récent : il a été mis au point en 1954 en Afrique du Sud par l'ethnomusicologue Hugh Tracey, qui a repris le principe traditionnel en l'accordant sur une gamme diatonique occidentale.

D'où vient le kalimba ?

D'Afrique, et de très loin dans le temps. Les instruments à lames pincées y sont documentés sous d'innombrables formes régionales, avec des lames d'abord en bambou ou en bois, puis en métal une fois la métallurgie du fer diffusée. Les travaux d'ethnomusicologie, en particulier ceux de Gerhard Kubik, situent les premiers lamellophones à lames végétales en Afrique de l'Ouest il y a environ trois mille ans, et l'apparition des lames métalliques dans la vallée du Zambèze il y a un peu plus de mille ans.

Il ne s'agit pas d'un instrument unique mais d'une famille. Chaque région a développé son format, son accordage et son nom : mbira chez les Shona du Zimbabwe, likembe dans le bassin du Congo, sanza dans une grande partie de l'Afrique centrale, ilimba, karimba et bien d'autres. Le principe mécanique est partout le même : des lames de longueurs différentes fixées sur une planchette ou une caisse, que l'on pince avec les pouces.

Ce que ces instruments avaient en commun, c'était aussi une portabilité inhabituelle. Un lamellophone se glisse dans un sac, se joue debout, en marchant, en voyageant. Cette qualité pratique explique sa diffusion sur des distances considérables, bien avant que le commerce moderne ne s'en mêle.

Quel rôle jouait la mbira en Afrique australe ?

La mbira dzavadzimu, l'instrument des Shona du Zimbabwe, est le lamellophone le mieux documenté. Elle compte généralement vingt-deux à vingt-quatre lames de métal disposées sur trois rangées, et se joue traditionnellement à l'intérieur d'une grande calebasse résonante appelée deze, qui amplifie le son et lui donne son grain caractéristique.

Son répertoire est cérémoniel autant que social. Les musiciens jouent des cycles répétitifs de longue durée, où deux instrumentistes tiennent des parties entrelacées qui produisent des motifs différents de ceux que chacun joue séparément. Ce principe d'entrelacement, appelé kushaura et kutsinhira, est une construction musicale sophistiquée qui n'a aucun équivalent dans le kalimba moderne.

L'accordage de la mbira n'est pas celui du piano occidental. Il varie d'une famille de musiciens à l'autre et suit des échelles propres. C'est un point important pour comprendre ce qui distingue vraiment la mbira du kalimba vendu aujourd'hui : ce n'est pas la forme, c'est le système musical entier.

Comment est né le kalimba moderne ?

En 1954, en Afrique du Sud. Hugh Tracey, ethnomusicologue né en Angleterre et installé en Afrique australe, avait passé des décennies à enregistrer et documenter les musiques du continent. Il fonde la société African Musical Instruments et met en production un lamellophone destiné à un public occidental, sous le nom de kalimba, mot issu des langues bantoues.

Le choix décisif est celui de l'accordage. Tracey abandonne les échelles traditionnelles au profit d'une gamme diatonique occidentale, celle du do majeur, et adopte la disposition alternée où la note la plus grave est au centre et où la gamme monte en alternant à droite et à gauche. C'est cette disposition, et pas la forme du corps, qui définit le kalimba tel qu'on le connaît.

Le succès a suivi une trajectoire lente, puis brutale. L'instrument reste confidentiel pendant des décennies, avant que la production asiatique des années 2010 et la diffusion de vidéos de jeu en ligne ne le rendent soudain visible partout. Le format à dix-sept lames s'est imposé dans cette période comme standard de fait.

Comment fabrique-t-on un kalimba aujourd'hui ?

Trois pièces suffisent : un corps, un chevalet et des lames. Le corps est soit un bloc de bois massif creusé avec un trou de résonance, soit une planche pleine, soit une pièce d'acrylique coulé. Sur le corps est vissé un chevalet, une barre transversale sur laquelle les lames viennent reposer et qui définit le point où commence la partie vibrante.

Les lames sont découpées dans de l'acier à ressort, un acier trempé qui reprend sa forme après déformation. Elles sont maintenues par une barre de pression vissée par-dessus, souvent avec une petite barre en Z ou en U qui les plaque contre le chevalet. Ce montage par serrage, et non par fixation définitive, est ce qui permet de déplacer chaque lame pour l'accorder.

L'accordage final se fait lame par lame, au marteau, en repoussant chacune jusqu'à ce que sa longueur libre donne la note voulue. C'est une opération manuelle même sur les instruments industriels, ce qui explique la variabilité d'un exemplaire à l'autre et la nécessité de contrôler l'accordage à réception.

Peut-on fabriquer un kalimba soi-même ?

Techniquement oui, et c'est un projet de menuiserie accessible. Il faut une planche de bois dur d'environ deux centimètres, un chevalet, des lames et une barre de pression. Le point délicat n'est ni le bois ni l'assemblage, c'est le métal : des lames improvisées dans du fil d'acier ou des dents de râteau donnent des notes instables et un timbre pauvre.

La difficulté suivante est l'accordage. Une lame ne se règle correctement que si elle est bien plaquée sur toute la largeur du chevalet et si la barre de pression exerce une force homogène. Un serrage inégal produit des bourdonnements que rien ne rattrape ensuite.

En pratique, la plupart des fabrications personnelles servent d'exercice plutôt que d'instrument de jeu. Si l'objectif est de jouer, un instrument industriel correctement accordé coûte moins cher que le matériel nécessaire à sa fabrication. Si l'objectif est de comprendre comment ça marche, l'exercice a une vraie valeur.

Questions fréquentes

Le kalimba est-il un instrument traditionnel africain ?

Il descend directement d'instruments africains traditionnels, mais l'objet vendu aujourd'hui est une adaptation moderne. Sa gamme diatonique occidentale et sa disposition alternée ont été fixées par Hugh Tracey en 1954. Les lamellophones traditionnels ont des accordages, des nombres de lames et des rôles musicaux très différents selon les régions.

Que veut dire le mot kalimba ?

Le terme vient des langues bantoues d'Afrique australe et centrale, où il désigne un instrument à lames. Hugh Tracey l'a retenu comme nom commercial en 1954 pour son instrument accordé à l'occidentale. D'autres noms coexistent pour des instruments proches, notamment mbira, sanza, likembe ou karimba selon les régions.

Quelle est la différence entre un kalimba ancien et un kalimba moderne ?

L'accordage, principalement. Les lamellophones traditionnels suivent des échelles propres à chaque région et à chaque famille de musiciens, avec parfois plus de vingt lames sur plusieurs rangées. Le kalimba moderne se limite à sept notes de la gamme de do majeur répétées sur deux octaves, ce qui le rend immédiatement compatible avec le répertoire occidental.

Le kalimba est-il le même instrument que le piano à pouces ?

Oui, piano à pouces est simplement la traduction du terme anglais thumb piano, utilisé comme nom générique pour toute la famille des lamellophones. Ce n'est pas une désignation d'organologie mais un surnom descriptif. Kalimba, mbira, sanza et likembe entrent tous dans cette appellation générale.

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