Qu'est-ce qu'un lamellophone ?
C'est un instrument dont la source du son est une lame rigide, encastrée d'un côté et libre de l'autre. On tire ou on gratte l'extrémité libre, on relâche, et la lame oscille jusqu'à s'arrêter. Aucune corde, aucune peau tendue, aucune colonne d'air : la matière de la lame elle-même produit la note.
Dans la classification organologique de Hornbostel et Sachs, qui sert de référence internationale depuis 1914, ces instruments entrent dans la catégorie des idiophones, c'est-à-dire les instruments dont le corps sonore vibre par lui-même, sans corde ni membrane tendue. Ils y forment plus précisément le sous-groupe des idiophones pincés, aux côtés de quelques cousins moins connus.
Cette définition est plus large qu'on ne l'imagine. Elle recouvre des instruments de musique africains millénaires, des objets de production industrielle comme les boîtes à musique, et des créations contemporaines à lames d'acier montées sur des caisses de résonance amplifiées. Le point commun est mécanique, pas culturel : partout, une lame libre qu'on met en vibration.
Comment une lame produit-elle une note précise ?
La hauteur du son dépend de la vitesse à laquelle la lame oscille, et cette vitesse dépend de trois paramètres : la longueur de la partie libre, son épaisseur, et la rigidité du matériau. Sur un instrument donné, l'épaisseur et le matériau sont fixes, ce qui laisse la longueur comme seule variable de réglage.
C'est une relation très forte : raccourcir la partie libre fait monter la note nettement, l'allonger la fait descendre. C'est ce qui explique la forme caractéristique du kalimba, avec des lames longues au centre pour les graves et courtes sur les bords pour les aigus, et c'est aussi ce qui rend l'accordage possible sans changer de pièce.
Le corps de l'instrument n'a aucun rôle dans la hauteur de la note. Il n'intervient que sur le volume et sur la durée du son : une caisse creuse avec un trou de résonance amplifie et prolonge, une planche pleine renvoie un son plus sec. C'est aussi pourquoi un kalimba posé sur une table sonne différemment qu'un kalimba tenu en main.
Quels instruments composent la famille des lamellophones ?
Le cœur de la famille est africain, avec des dizaines de variantes régionales. La mbira des Shona du Zimbabwe, à vingt-deux lames et plus, est la plus documentée. Le likembe, apparu dans le bassin du Congo et diffusé largement au vingtième siècle, se reconnaît à sa caisse rectangulaire. La sanza est le terme générique employé en Afrique centrale et en français. Le karimba est un format intermédiaire à deux rangées.
Hors d'Afrique, la famille s'est prolongée par la diaspora, notamment aux Caraïbes avec la marímbula cubaine et dominicaine. C'est une grande caisse en bois percée d'une ouverture, avec de larges lames métalliques, que le musicien joue assis dessus. Elle y tient le rôle d'une basse dans les ensembles populaires, avant que la contrebasse et la basse électrique ne la remplacent.
Enfin, le principe se retrouve dans des objets qu'on ne pense jamais à ranger là. Le peigne d'une boîte à musique est un lamellophone : une série de lames de longueurs décroissantes, pincées mécaniquement par les picots d'un cylindre. La physique est exactement celle du kalimba.
- Mbira, Zimbabwe, vingt-deux lames ou plus sur trois rangées
- Likembe, bassin du Congo, caisse rectangulaire
- Sanza, terme générique d'Afrique centrale et du français
- Karimba, format intermédiaire à deux rangées
- Marímbula, Caraïbes, grande caisse jouée en basse
- Peigne de boîte à musique, même principe, mécanisme automatisé
Quelle place occupe le kalimba dans cette famille ?
Celle du membre standardisé et exporté. Le kalimba est l'unique lamellophone à avoir reçu un accordage universel, la gamme de do majeur, et une disposition fixe des lames. C'est ce qui a permis d'écrire pour lui des tablatures valables sur n'importe quel exemplaire de n'importe quelle marque.
Cette normalisation a un coût et un bénéfice. Le coût est une perte de diversité : les échelles régionales, les bourdonnements volontaires, les résonateurs en calebasse ont disparu. Le bénéfice est un accès immédiat, sans professeur ni transmission orale, pour quelqu'un qui n'a jamais fait de musique.
Cette place explique aussi pourquoi le kalimba est le seul de la famille dont on trouve partout des accordeurs, des stickers de notes et des marteaux d'accordage : c'est le seul dont l'accordage est censé être le même chez tout le monde.
Questions fréquentes
Un lamellophone est-il une percussion ?
Il est classé parmi les idiophones, c'est-à-dire les instruments dont le corps sonore vibre lui-même, catégorie qui inclut aussi la plupart des percussions. Mais la lame n'est pas frappée, elle est pincée puis relâchée. Dans les orchestres, on range généralement le kalimba avec les percussions par commodité, faute de meilleure case.
Pourquoi appelle-t-on le kalimba un piano à pouces ?
C'est la traduction du terme anglais thumb piano, un surnom descriptif apparu au vingtième siècle. Il vient du fait qu'on y joue une mélodie avec les pouces et que les lames sont accordées d'avance, comme les touches d'un piano. Ce n'est pas un terme d'organologie, seulement une image commode.
La guimbarde fait-elle partie des lamellophones ?
Elle repose bien sur une lame libre mise en vibration, mais elle en diffère sur un point essentiel : elle ne produit qu'une seule hauteur fondamentale, et c'est la cavité buccale du joueur qui sélectionne les harmoniques entendues. Les classifications la traitent donc à part des lamellophones à lames multiples accordées.
Quel lamellophone choisir pour découvrir la famille ?
Un kalimba dix-sept lames en do majeur, parce que c'est le seul membre de la famille pour lequel existent des tablatures, des accordeurs et des ressources d'apprentissage en français. Il donne le geste et la sonorité, et sert de base solide si vous vous tournez ensuite vers un répertoire traditionnel.